Après Charlie, le blasphème fait toujours recette

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REVUE DE PRESSE
Date
lundi 7 janvier 2019 00:00

Publié le 07/01/2019 à 04:55 | Mis à jour le 07/01/2019 à 10:49

L’attentat contre l’hebdomadaire satirique était un signal d’alarme pour que la société française préserve sa liberté d’expression. La leçon reste à tirer.

Douze morts, douze martyrs de la liberté d’expression. Ce 7 janvier 2015, c’est un pan du fondement de la République française qui a été ébranlé, notamment l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. »

“ Je suis toujours Charlie ”
Après l’attentat dans les locaux de Charlie Hebdo, où le comité de rédaction avait été décimé par la sauvagerie des frères Kouachi, l’opinion publique avait bien compris l’enjeu de l’avertissement des islamistes : la liberté d’expression, le droit à la satire, y compris de la religion. Des poings armés de stylos s’étaient levés par dizaines de milliers dans les rues.

Quatre ans après, qu’en reste-t-il ? Pas grand-chose, assure Riss, le directeur de la rédaction de Charlie Hebdo dans son éditorial samedi, à l’occasion de la publication d’un numéro spécial de l’hebdomadaire : « Depuis quatre ans, la situation à l’égard du totalitarisme islamiste n’a fait que se dégrader […] Le blasphème a fait des petits […] Tout est devenu blasphématoire. »

Comme si les islamistes les plus radicaux avaient élargi leur audience pour s’offusquer de toute atteinte à la religion musulmane. Le dernier épisode en date, affligeant, est celui de la journaliste Zineb el Rhazoui, qui a travaillé à Charlie Hebdo, justement. Menacée de mort depuis qu’elle a simplement appelé l’islam, en général, à « se soumettre à la critique ; qu’il se soumette à l’humour, qu’il se soumette aux lois de la République, qu’il se soumette au droit français ». Comme la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

« Je suis toujours Charlie et je n’en démordrai pas », clame le philosophe Alain Finkielkraut dans Le Figaro de ce lundi, date anniversaire de la tuerie contre ce droit à la caricature qui fait partie de la culture française depuis, au moins, 1789. Certes, bien des pratiquants, et quelle que soit la confession, admettent cette liberté de ton. Mais pas tous, et souvent en confondant la caricature religieuse et la diffamation, la provocation à la discrimination, à la haine, interdite par la loi, d’une communauté.

« L’oubli de cette distinction entre critique des religions et rejet des communautés, pourtant centrale dans notre droit depuis 1881, aboutit aujourd’hui à une confusion généralisée et même à des contresens », écrit dans Libération l’historien de la presse Alexis Lévrier.

Quatre ans après Charlie, il est encore d’actualité de brandir le stylo. Peut-être plus que jamais.

Source : https://www.lanouvellerepublique.fr/a-la-une/apres-charlie-le-blaspheme-fait-toujours-recette

 
 

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