POUR L'ÉCRIVAIN ERIC-EMMANUEL SCHMITT, "VOULOIR DÉBARRASSER LE MONDE DU RELIGIEUX EST SOT"

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Catégorie
REVUE DE PRESSE
Date
dimanche 13 janvier 2019 00:00

À 58 ans, l’écrivain à succès publie un joli conte, plein de sagesse et d’amour.
Avec “Félix et la source invisible”, qui s’inscrit dans votre Cycle de l’invisible, vous poursuivez votre quête sur les spiritualités et les religions du monde. Pourquoi ?

On parle toujours de la religion au singulier et jamais des religions au pluriel. C’est très partial. Je pense pourtant que toutes les religions sont humanisantes et dessinent un modèle d‘homme qui dépasse ses faiblesses naturelles. Je ne sais pas si les religions sont divinisantes. Elles ne me parlent pas toutes du divin mais elles parlent toutes de l’Homme car elles essaient de fabriquer de l’Homme.

Avez-vous toujours eu cette curiosité intellectuelle ?

C’est juste un humanisme militant. Je m’interroge : Qu’est-ce que les religions apportent aux hommes pour leur permettre de traverser les événements dramatiques, tragiques d’une existence. Quels sont ces trésors de sens que nous offrent finalement les spiritualités ?

C’est donc un voyage d’humaniste à travers des trésors spirituels. Aussi quand je dis humaniste militant, c’est simplement dire comment faire pour vivre ensemble alors qu’on est confronté à la diversité spirituelle ? Je ne pense pas que c’est en devenant tous athées ou chrétiens, ou encore musulmans qu’on y arrivera, mais seulement en apprenant l’autre. Oui, en apprenant les différentes spiritualités car souvent la peur de l’autre vient de l’ignorance de l’autre. Donc, à travers les récits, on apprend. On a tous un rôle à jouer pour lutter contre l’ignorance.

On ne prendrait donc pas assez en compte les spiritualités…

On réduit le réel à ce qu’il est. Et si on ne le regarde pas avec les yeux de l’imagination, avec les yeux du cœur, si on ne cherche pas l’invisible dans le visible, le monde est plat. Ce n’est pas un hasard si j’ai eu tant de mal à comprendre l’animisme dont la voie d’entrée est l’imagination et non la raison.

Oui, le normalien, l’agrégé, le docteur en philosophie que je suis, et qui a été formé à comprendre les pensées qui ne sont pas les siennes, n’y arrivait pas. Ce sont les poètes qui m’ont sauvé. Grâce à la poésie et autres contes africains, je sais pourquoi l’animisme ne se comprend pas mais se ressent. J’ai pu devenir intime de l’expérience animiste du monde. Et du coup, j’ai pu écrire l’histoire, car le livre appartient à tout ce cycle de l’invisible.

Vous nous conseillez donc de retrouver une certaine spiritualité ?

Au moins d’avoir le plus grand respect pour la spiritualité car les religions ne réduisent pas l’homme à ce qu’il est. Elles désignent un chemin d’humanité. Aussi vouloir débarrasser le monde du religieux et de Dieu, c’est sot. Oui tout simplement sot car on est dans le domaine de l’indécidable. Personne ne sait si Dieu existe ou pas. Laissons la liberté d’habiter le mystère puisqu’on est tous dans le même mystère. Laissons à l’ignorance la liberté d’habiller le mystère. Je prêche pour un respect et cet intérêt indicible.

Source : https://www.midilibre.fr/2019/01/13/pour-lecrivain-eric-emmanuel-schmitt-vouloir-debarrasser-le-monde-du-religieux-est-sot,7943673.php

 
 

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