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Florent Boudié : « La France peut contribuer au débat d’idées autour de l’islam »

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Catégorie
REVUE DE PRESSE
Date
vendredi 21 décembre 2018 00:00

Recueilli par Anne-Bénédicte Hoffner , le 21/12/2018 à 11h37

Le député LREM Florent Boudié était jeudi 20 décembre l’invité de l’émission « Face aux chrétiens » animée par Bernard Gorce et coproduite par KTO. Il a notamment expliqué le travail qu’il mène actuellement, avec un groupe de députés de la majorité, sur la laïcité et « l’islam de France ».

Pourquoi avoir constitué un groupe de travail sur la laïcité, et plus particulièrement l’organisation de « l’islam de France » à l’Assemblée nationale ?

Florent Boudié : Parce que les députés, de la majorité comme les autres, sont traversés d’opinions parfois contradictoires. Et autant le dire, il y a beaucoup d’ignorance sur les phénomènes religieux et la religiosité en général. Il y a aussi une grande polarisation de l’opinion publique en général sur ces questions, avec une assimilation à des phénomènes d’intégrisme, de fondamentalisme, bref de dérives.

Il m’a donc semblé utile de nous emparer de cette question. Depuis plusieurs semaines, nous auditionnons tous les cultes car s’il y a un ajustement sur la loi de 1905, il les concernera tous. Les orientations seront proposées dans les mois qui viennent.

Qu’est-ce que « l’islam de France » selon vous ?

F. B. : « Islam de France », « islam en France », au singulier ou au pluriel ? Je ne veux pas rentrer dans ce débat sémantique. Le sujet, c’est celui de nos compatriotes musulmans qui sont en France et qui le resteront, et qui rencontrent de grandes difficultés d’organisation. Dire que le Conseil français du culte musulman, créé en 2003 par Nicolas Sarkozy, n’a pas abouti à des résultats extravagants n’est pas exagéré.

Votre groupe compte des tenants d’une laïcité stricte et d’autres partisans d’une laïcité ouverte. Pouvez-vous parvenir à des propositions communes ?

F. B. : Il faut d’abord être clair sur ce que l’État peut et ne peut pas faire, car il y a eu ces dernières semaines des incompréhensions à ce sujet. Peut-il organiser le culte ? Non, cela relève de la responsabilité des fidèles. Peut-il déterminer des modes de financement par la loi ? Non, il n’y aura ni « taxe halal » ni impôt car ce serait une rupture d’égalité en droit et contraire à nos principes constitutionnels. Enfin l’État peut-il prendre la main sur la formation des cadres ? Non plus, c’est une question qui pour l’essentiel reste de la responsabilité des croyants.

Et pourtant, il faut trouver des solutions parce que pendant ce temps, il y a des phénomènes - auxquels il ne faut pas réduire l’islam - d’intégrisme, de fondamentalisme, de nouvelles synthèses théologico-politiques.

Quels leviers d’action reste-t-il à l’État ?

F. B. : Il y a des questions sur lesquelles il peut agir : la transparence financière des associations gérant les lieux de culte notamment, la traçabilité des financements étrangers. Depuis l’an dernier, les mesures existent pour fermer un lieu de culte quand des propos y sont tenus appelant à la haine, la discrimination voire à la violence terroriste. En revanche, il est plus compliqué de s’en prendre à l’association qui le gère parce que notre droit n’est pas adapté.

C’est à la fois très technique, très limité : il ne s’agit pas de revenir sur les grands principes. Et cela nécessite une consultation fine et large parce que toute modification même à la marge aura des répercussions pour tous les cultes.

Que peut l’État pour la formation des ministres du culte musulman ?

F. B. : Des initiatives ont déjà été prises sous la forme de diplômes universitaires, enseignant aux ministres du culte le contexte institutionnel et civique français, mais aussi la langue française et qui permettent en quelque sorte leur « inculturation ». Peut-être peut-on aller plus loin, en nouant des partenariats avec des institutions de formation privées existantes ?

Sur l’enseignement du fait religieux à l’école publique, là aussi je pense qu’il faut aller plus loin. Si l’on veut développer la connaissance de l’autre, la connaissance des faits religieux en fait partie. Le degré d’incompréhension religieuse actuel, le risque de radicalisation nécessitent selon moi un effort supplémentaire.

Source : https://www.la-croix.com/Religion/Islam/Florent-Boudie-France-peut-contribuer-debat-didees-autour-lislam-2018-12-21-1200991087

Enfin, il y a une crise d’identité de l’islam, qui n’est pas française mais mondiale. L’enjeu est le développement d’un « islam des Lumières », articulé à un savoir critique, ouvert à la confrontation des interprétations, pour sortir des interprétations littéralistes ou rigoristes. La France peut-elle contribuer à ce débat d’idées ? Je crois que oui.

Je crois qu’il faut essayer de répondre à ces trois enjeux : la formation à la citoyenneté et au fait religieux ; la formation des cadres existants et la question du débat dans l’islam pour éviter les phénomènes de fermeture, de repli sur soi qui peuvent exister.

 
 

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