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Tareq Oubrou : "N'engageons pas un bras de fer avec une société déjà angoissée"

Catégorie
REVUE DE PRESSE
Date
samedi 8 décembre 2018 00:00

Rien ne prédestinait Tareq Oubrou, jeune Marocain venu en France pour ses études, à devenir imam. Pour rendre service aux fidèles bordelais, il l'est devenu. Connu pour ses prises de position en faveur de l'ouverture et du dialogue, il s'attire les foudres des radicaux mais continue à prôner un islam serein dans une société apaisée.

Au moment où l'on met en avant la laïcité avec la journée du 9 décembre qui lui est consacrée, on revient sur les relations complexes que ce pilier de la Répblique entretient avec l'islam. Un rapport qui doit être clair et limpide selon Tareq Oubrou, imam de Bordeaux. Lui invite les musulmans de France à vivre sereinement dans la République laïque.

Comment faire cohabiter l’islam et le principe de laïcité à la française ? Il faut d’abord bien préciser les choses : l’islam est une spiritualité, elle entre dans le répertoire des religions. Ce n’est ni une civilisation ni un système politique. L’essence de l’islam est le lien avec le divin. Mais, l’islam doit composer avec la réalité. La laïcité est une forme de sécularisation. C’est le choix qu’a fait la France. Un principe qui se traduit dans la loi de 1905 (loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat). L’islam s’inscrit dans ce cadre. Le droit des musulmans, c’est le droit français qui permet de garantir la liberté de conscience à condition de ne pas troubler l’ordre public. Quand il y a des difficultés de cohabitation, cela ne tient pas de la religion mais aux hommes, cela dépend beaucoup de la qualité des fidèles.
« Il ne faut pas confondre l’État laïque avec l’État soviétique qui impose l’athéisme »

Il ne faut pas confondre l’Etat laïque avec l’Etat soviétique où l’athéisme était la règle.

Une question d’éducation ? Oui, certainement. Il faut instruire les gens. Commencer par leur expliquer que l’islam a sa place dans la laïcité. La laïcité à la française n’est pas une religion, c’est un cadre juridique dans lequel les religions s’expriment. Nous ne sommes pas en Belgique, par exemple, où la laïcité est une catégorie recouvrant les athées, les libres penseurs... et qui reçoit des subventions de l’Etat.

Il arrive parfois que la laïcité se crispe et se heurte de plein fouet surtout à l’islam ? C’est vrai et c’est lié à l’histoire de cette laïcité qui s’est construite contre le catholicisme. Il reste, de ce passé, une défiance à l’égard des religions. Toute visibilité d’une religion dans l’espace public est mal vécue. Ajoutez à cela le fait que l’islam est une religion nouvellement installée dans un contexte de crise sociétale et l’on a les ingrédients pour un débat idéologique. Il faut simplement revenir à l’essence même de la laïcité qui impose une neutralité à la République, à ses institutions mais à pas à ses citoyens. Il ne faut pas confondre l’Etat laïque avec l’Etat soviétique où l’athéisme était la règle.

La France est un peu dépressive car elles se donne des valeurs très utopiques

Que dites-vous aux musulmans de France pour qu’ils vivent mieux cette laïcité et à la France pour mieux vivre avec ses musulmans ? Aux autorités publiques, je demande de défendre le principe de laïcité sans en faire une idéologie. Il faut défendre l’universalisme de la République. Elle ne doit pas être frileuse, fragile, elle doit être sûre d’elle.

Aux musulmans, je dis qu’ils ne doivent pas engager un bras de fer avec une société déjà angoissée et qui traverse une crise identitaire. Je les invite à une visibilité discrète qui ne vient pas troubler l’équilibre de cette laïcité. Il ne faut pas confondre les pratiques culturelles avec la religion.

Etes-vous plutôt confiant dans cette cohabitation entre islam et laïcité ? Je reste confiant dans un avenir commun. Je pense que la France est un peu dépressive. C’est normal car nos valeurs sont très utopiques : liberté, égalité, fraternité, sont des objectifs très ambitieux, difficiles à atteindre donc qui engendrent des dépressions. On a besoin d’un peu de réalisme. Nous sommes devant un virage à prendre : il peut y avoir des dégâts mais on va le négocier et on arrivera à un nouvel équilibre.

Valérie Beaudoin
@BeaudoinVb

Source : https://www.lechorepublicain.fr/dreux/religion-spiritualite/2018/12/08/tareq-oubrou-n-engageons-pas-un-bras-de-fer-avec-une-societe-deja-angoissee_13077355.html

 
 

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