Laïcité. « Toucher à la loi de 1905 est dangereux »

Catégorie
REVUE DE PRESSE
Date
mardi 9 mai 2017

À Rennes, Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcité, a rappelé à de futurs professionnels de santé les principes de la loi de séparation des Églises et de l'État. « Toucher à la loi de 1905 est dangereux », estime-t-il.

Face aux manipulations et à un sujet qui déchaîne bien souvent les passions, Jean-Louis Bianco veut opposer la rigueur. De passage à Rennes pour inaugurer un séminaire de l'École des hautes études en santé publique (EHESP), le président de l'Observatoire de la laïcité a rappelé les principes de la loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État. « Car le vrai débat aujourd'hui est entre ceux qui considèrent cette loi adaptée et ceux disant qu'il faut la changer ».

« Rassembler plutôt que discriminer »

Si le sujet n'a pas encore été tranché par les membres de l'observatoire, dont la maire de Rennes, Nathalie Appéré, qui vient de l'intégrer, Jean-Louis Bianco a confié aux futurs professionnels de santé présents sa vision personnelle. Modifier cette loi « est dangereux car on touche au régime de liberté », estime l'ex-ministre de François Mitterrand. « Toutes les propositions de lois autour du foulard - à droite comme à gauche - sont des lois d'interdiction. Qu'est-ce qui empêcherait de l'appliquer demain aux convictions politiques ou syndicales ? », s'interroge Jean-Louis Bianco. Et de prendre l'exemple des menus à la cantine, qui posent parfois des problèmes aux municipalités, pour affirmer que « la laïcité doit être ce qui rassemble et non ce qui discrimine ». S'agissant des cantines, plutôt que d'interdire tel ou tel aliment, le président conseille ainsi de donner plus de choix aux élèves. « Mais nous déconseillons vivement de servir des plats halal ou casher pour éviter d'avoir les " tables des casher " d'un côté et des " normaux " de l'autre, des " tables porc et sans porc "... ». Pour ce qui est de la question de l'islam, « il n'est pas anti-musulman de dire qu'il y a débat », poursuit Jean-Louis Bianco. « Vous voyez beaucoup plus de femmes aujourd'hui qui portent le foulard et il n'est pas anormal que cela choque des gens ». Mais le président de l'Observatoire fait remarquer que l'on peut avoir ce débat « à condition de ne pas essentialiser l'islam ». Il faut, selon lui, distinguer un islam rigoriste et anti-féminin d'un islam moderne. Et, de là, vérifier que les paroles ou les comportements sont bien contraires à la République.

L'exemple de l'imam de Brest

L'affaire de l'imam de Brest illustre bien cette complexité. « Quand l'imam de Brest dit à des enfants que s'ils écoutent de la musique, ils se transformeront en singes, c'est débile mais je ne sais pas comment le sanctionner, décrit Jean-Louis Bianco. En revanche, quand il dit que la femme doit être pudique sans quoi elle ne doit pas être étonnée que les hommes abusent d'elle, cet islam-là doit être condamné. Quoi qu'il en soit, un discours sur la laïcité ne sera efficace que si on traite d'abord la question sociale. Car la notion d'égalité est loin d'être évidente selon que vous habitez tel ou tel quartier. Comme disait Jean Jaurès, la République restera laïque si elle sait rester sociale ».

Source : © Le Télégrammehttp://www.letelegramme.fr/bretagne/laicite-toucher-a-la-loi-de-1905-est-dangereux-09-05-2017-11504940.php#7W5fsEhkROu5Hfuz.99

 
 

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