VOLTAIRE

Célèbre écrivain français, Voltaire est l’un des philosophes des Lumières les plus importants. Sa vie, mouvementée, a été marquée par son engagement intellectuel au service de la liberté et de la tolérance.

 Son œuvre, considérable et très variée : poésie (Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756), contes (Zadig, 1747 ; Candide, 1759), essais historiques (le Siècle de Louis XIV, 1751), Dictionnaire philosophique (1764), aborde sous toutes les formes les questions liées à la raison, l’humanité, la tolérance, l’obscurantisme ou le fanatisme religieux. La littérature étant conçue comme un combat pour les philosophes des Lumières, Voltaire ne craint pas la polémique, ce qui lui vaudra un séjour de prison d’un an en 1717 à la Bastille et un exil de trois ans en Angleterre entre 1726 et 1729. 

Le traité sur la tolérance

La tolérance est l’une des clefs de son œuvre. Elle apparaît en 1733 dans sa correspondance et fera l’objet d’un traité publié en 1763. Ce texte a été écrit suite au procès, à la condamnation à mort et à l’exécution de Jean Calas, le 10 mars 1762, sur ordre du parlement de Toulouse. Voltaire va défendre cet homme, protestant, accusé injustement d’avoir tué son fils qui s’est converti au catholicisme.Dans ce Traité sur la Tolérance, Voltaire livre une véritable réflexion philosophique sur la tolérance universelle et réfléchit à la liberté de conscience, au pluralisme, aux rapports entre politique et religion. Il invite à la tolérance entre les religions et prend pour cible le fanatisme religieux (plus particulièrement celui des jésuites où il a fait de brillantes études étant jeune homme) et présente un réquisitoire contre les superstitions accolées aux religions.

 

Extrait, Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763), chapitre XXIII

« Ce n’est donc plus aux hommes que je m’adresse ; c’est à toi, Dieu de tous les êtres, de tous les mondes et de tous les temps : s’il est permis à de faibles créatures perdues dans l’immensité, et imperceptibles au reste de l’univers, d’oser te demander quelque chose, à toi qui as tout donné, à toi dont les décrets sont immuables comme éternels, daigne regarder en pitié les erreurs attachées à notre nature ; que ces erreurs ne fassent point nos calamités. Tu ne nous as point donné un cœur pour nous haïr, et des mains pour nous égorger ; fais que nous nous aidions mutuellement à supporter le fardeau d’une vie pénible et passagère ; que les petites différences entre les vêtements qui couvrent nos débiles corps, entre tous nos langages insuffisants, entre tous nos usages ridicules, entre toutes nos lois imparfaites, entre toutes nos opinions insensées, entre toutes nos conditions si disproportionnées à nos yeux, et si égales devant toi ; que toutes ces petites nuances qui distinguent les atomes appelés hommes ne soient pas des signaux de haine et de persécution ; que ceux qui allument des cierges en plein midi pour te célébrer supportent ceux qui se contentent de la lumière de ton soleil ; que ceux qui couvrent leur robe d’une toile blanche pour dire qu’il faut t’aimer ne détestent pas ceux qui disent la même chose sous un manteau de laine noire ; qu’il soit égal de t’adorer dans un jargon formé d’une ancienne langue, ou dans un jargon plus nouveau ; que ceux dont l’habit est teint en rouge ou en violet, qui dominent sur une petite parcelle d’un petit tas de la boue de ce monde, et qui possèdent quelques fragments arrondis d’un certain métal, jouissent sans orgueil de ce qu’ils appellent grandeur et richesse, et que les autres les voient sans envie : car tu sais qu’il n’y a dans ces vanités ni de quoi envier, ni de quoi s’enorgueillir.
Puissent tous les hommes se souvenir qu’ils sont frères ! »

 

EN SAVOIR PLUS

Vous pouvez consulter l'intégralité du texte sur ce site : http://athena.unige.ch/athena/voltaire/voltaire_traite_tolerance.html